le cracheur de crayons

je tousse parce que j’en ai besoin, je tousse parce que c’est important de tousser, tousser permet d’expulser le crayon par la gorge, ça fait du bruit dans la bouche, c’est le bruit-gorge du crayon expulsé, toc-toc craché bruit la nuit, quand je tousse le crayon est expulsé le long des muqueuses, ça se passe sans rugosité, il aime bien faire le tour du corps de l’intérieur, il a bonne mine le crayon, c’est le crayon bonne pâte, doux, gentil, compréhensif, c’est le crayon expulsé par la gorge, c’est l’explorateur, le toussé par la trachée

la toux permet une répétition naturelle et fluide des mouvements douloureux, la toux tousse, la toux racle des morceaux de corps en couches profondes expulsés la nuit, ça fait spasme, c’est pendant le bruit dans le noir, c’est le crayon toc-toc à ta porte, il est malin, le ventre a été dépassé sans obstacle, le crayon n’est pas resté en travers de l’estomac, il a à peine glissé a à peine toussé, arrivé dans la chambre le crayon est sincère, le crayon s’oppose par la pointe à toute forme de mascarade ‒ pogo sur le fil du rasoir est bon pour la santé

merci crayon tu aimes la gorge, tu aimes la gorge comme toi-même, tu es un corps étranger altruiste, soucieux des organes, franc du collier, tu imposes rarement du gel aux artères, tu te contentes de le-corps-sa-topographie, tu te plies en quatre, tac-tac mots muets dans la bouche, je peux écrire comme ça, expulser le crayon comme ça mâché par la gorge, le corps donne son aval dans la bouche, la chambre me le permet, le nerf optique me le permet, l’équilibre flotte la nuit, nouveau-plancher-plateforme donne son aval aussi, ça tient, la généalogie ploie, il y a de la fraîcheur, bruit est fort dans la chambre, ça prend à la gorge

une fois le ventre noué c’est trop tard, visser le corps au matelas, appeler le docteur qui est une pommade à base de menthe, oindre le front de larmes de père pour calmer la fièvre de poitrine, si la toux persiste c’est mauvais signe, vous êtes allé trop loin, l’application du docteur va déplacer les caillots, ils vont circuler, il s’en accumulera moins à proprement parler dans les reins, la vessie, les joues et le centre du cerveau, évitez les calculs, le docteur est là

les journées, docteur, les journées… les journées docteur, les journées docteur sont longues, docteur les journées sont sans cesse, la journée a été longue docteur, il se dégage en fin de soirée un parfum de déportation des sens, et ces ballottements torves dans les transports en commun, et la fatigue qui me plonge dans le cœur des vieillards en apnée dans leur regard dans le bus, chaque personne était une émotion, un ballon, nous étions involontaires sur le point d’éclater, nous étions en mouvement, entreregardés, ancrés-au-cœur-au-bord-de-l’abîme, au retour je vous ai appelé, je vous ai appelé docteur, mot angulaire de mes errances, c’est dans la plexus, docteur me voilà : une effusion d’instants m’éventre aux murs, m’expulse, me membres-hallebardes de femmes et d’hommes crochus, le chose, le plusieurs, l’elle, la vie au regard plié docteur, je suis plié, vous savez comme moi que les crayons sont faits pour être expulsés par la gorge, que la toux n’est pas le fruit du hasard, que nous ne sommes pas étanches, que tout se touche tôt ou tard ‒ mes filets, leur épaisseur, ma rage pour vous donner la mesure de ce corps