animal social

[…] liberté […] angélisme […] températures remonte à 1987 […] à nos portes […] amalgame […] ils l’ont brûlé […] le pilote était un héros […] vais faire du ménage […] tapé du poing sur la table […] une étude a prouvé […] Houellebeck […] laïcité […] ce chat va vous surprendre […] agnostique […] on nous monte la tête […] Arabe […] un papa et une maman […] républicaine […] m’a donné la nausée […] rassemblement […] unfriend […] Patriot Act […] 22 centimètres de neige […] avant-garde pacifiste [… ] plus de crayons à l’école ! […] women’s lib […] gouvernement ferme les yeux […] lol […] pédophile […] fermé et je n’ai plus de café […] chronophage […] les Européens sont […] comme disait Platon […] c’est énorme […] islamisme […] christianisme […] a tout pompé chez […] écrire ça signifie […] all the people living for today […] c’est génétique […] Zenmour […] brillant de sa génération […] était resté enfermé vingt-huit heures dans son placard ! […] dans la rue et personne […] qui va me payer maintenant […] Pegida […] la culture orientale […] athée et fier […] le religieux […] conscient de mes limites […] ième République […] les yeux de ma fille […]

tout savoir

L’ère du tout-savoir, tout-dire, tout-vite. Du jour au lendemain, nous sommes tous spécialistes en histoire des religions, des civilisations, de l’Europe. Plus que jamais, avant de nous entasser devant les urnes, d’empoigner les mégaphones, nous ferions bien de prendre une semaine de vacances et de nous installer avec une vingtaine de livres à la bibliothèque. Cultiver le silence, l’étude, la réflexion, la distance, le recueillement. Ce que je lis sur les réseaux, ce que j’entends dans la rue, dans les cafés, dans la bouche de vieux amis, me terrifie. Je n’en dors pas de la nuit. Je suis terrorisé, au sens propre, pas seulement par l’attentat, mais par la violence inouïe des discours. Je me sens violé. Réifié, réduit au silence par une marée de propos prémastiqués-régurgités qui me noie. La démocratie se mérite ! En tant que Suisse, j’en sais quelque chose. Rendez-vous à la bibliothèque municipale de Lausanne aujourd’hui. Qui vient ?

charlie

je suis la haine, je suis le char d’assaut, je suis le grand brasier, la fête païenne, la manchette, je suis le goût de sang dans ta bouche, je suis nos papilles bousillées, je suis nos consciences assainies, nos doigts brisés, nous en avons plein les mains, oui toi aussi, plein les gencives, plein le réseau, leurs phrases bégaient dans la chaîne de nos voix entravées, leurs syllabes se sont figées, elles retombent en poudre dans nos gorges, nous demandons pardon avant de tousser, et aujourd’hui les mots se sont transformés en pluie de balles, le sang répandu servira à vider encore plus de crânes, les entrailles seront récupérées, traitées, polies, vernies, resservies en flocons creux, d’une bouche à l’autre, dans le réseau, comme ça, l’air de rien, nous allons être dans forteresse, dans brave new world, dans le houellebecq, le téléphone arabe sera huilé, karshérisé, lessivé, vulgarisé, plusieurs dizaines de milliers de jardiniers ont été mandatés pour tailler la grande haie, plus rien ne va dépasser dans ton jardin, plus personne ne dira rien, tout ce que nous dirons sera vomi, recraché, nous tomberons malades, d’anémie, de sclérose en plaques, de circuit vital brisé, un balai sera introduit dans le cul des poètes, dans le cul des mots, une bombe sera introduite dans les journaux, il n’y aura plus personne pour parler à notre place, nous célébrerons le rire dans les musées, le dissolvant coulera dans vos vers, les flasques et les flexibles seront fusillés, les badauds blafards rassemblés sur les places se lèveront comme un seul homme pour rallier la grande Fête, le grand Facebook, le Faces Blanches, pour se repaître de sang, pour recevoir de la couleur, pour gober des poches de sérum en hurlant d’horreur, comme des enfants épouvantés qu’on affame, trépanés pour le retour à la barbarie, et je serai la haine, je serai le char d’assaut, je serai le grand brasier, la fête païenne, la manchette, je serai le goût de sang dans ta bouche, parce que les corps ont été éparpillés et que nos visages sont livides

le cracheur de crayons

je tousse parce que j’en ai besoin, je tousse parce que c’est important de tousser, tousser permet d’expulser le crayon par la gorge, ça fait du bruit dans la bouche, c’est le bruit-gorge du crayon expulsé, toc-toc craché bruit la nuit, quand je tousse le crayon est expulsé le long des muqueuses, ça se passe sans rugosité, il aime bien faire le tour du corps de l’intérieur, il a bonne mine le crayon, c’est le crayon bonne pâte, doux, gentil, compréhensif, c’est le crayon expulsé par la gorge, c’est l’explorateur, le toussé par la trachée

la toux permet une répétition naturelle et fluide des mouvements douloureux, la toux tousse, la toux racle des morceaux de corps en couches profondes expulsés la nuit, ça fait spasme, c’est pendant le bruit dans le noir, c’est le crayon toc-toc à ta porte, il est malin, le ventre a été dépassé sans obstacle, le crayon n’est pas resté en travers de l’estomac, il a à peine glissé a à peine toussé, arrivé dans la chambre le crayon est sincère, le crayon s’oppose par la pointe à toute forme de mascarade ‒ pogo sur le fil du rasoir est bon pour la santé

merci crayon tu aimes la gorge, tu aimes la gorge comme toi-même, tu es un corps étranger altruiste, soucieux des organes, franc du collier, tu imposes rarement du gel aux artères, tu te contentes de le-corps-sa-topographie, tu te plies en quatre, tac-tac mots muets dans la bouche, je peux écrire comme ça, expulser le crayon comme ça mâché par la gorge, le corps donne son aval dans la bouche, la chambre me le permet, le nerf optique me le permet, l’équilibre flotte la nuit, nouveau-plancher-plateforme donne son aval aussi, ça tient, la généalogie ploie, il y a de la fraîcheur, bruit est fort dans la chambre, ça prend à la gorge

une fois le ventre noué c’est trop tard, visser le corps au matelas, appeler le docteur qui est une pommade à base de menthe, oindre le front de larmes de père pour calmer la fièvre de poitrine, si la toux persiste c’est mauvais signe, vous êtes allé trop loin, l’application du docteur va déplacer les caillots, ils vont circuler, il s’en accumulera moins à proprement parler dans les reins, la vessie, les joues et le centre du cerveau, évitez les calculs, le docteur est là

les journées, docteur, les journées… les journées docteur, les journées docteur sont longues, docteur les journées sont sans cesse, la journée a été longue docteur, il se dégage en fin de soirée un parfum de déportation des sens, et ces ballottements torves dans les transports en commun, et la fatigue qui me plonge dans le cœur des vieillards en apnée dans leur regard dans le bus, chaque personne était une émotion, un ballon, nous étions involontaires sur le point d’éclater, nous étions en mouvement, entreregardés, ancrés-au-cœur-au-bord-de-l’abîme, au retour je vous ai appelé, je vous ai appelé docteur, mot angulaire de mes errances, c’est dans la plexus, docteur me voilà : une effusion d’instants m’éventre aux murs, m’expulse, me membres-hallebardes de femmes et d’hommes crochus, le chose, le plusieurs, l’elle, la vie au regard plié docteur, je suis plié, vous savez comme moi que les crayons sont faits pour être expulsés par la gorge, que la toux n’est pas le fruit du hasard, que nous ne sommes pas étanches, que tout se touche tôt ou tard ‒ mes filets, leur épaisseur, ma rage pour vous donner la mesure de ce corps

coupés

c’est quoi la coupe davis, la coupe davis c’est quoi, je suis tout décorporalisé, c’est un étrange sentiment je suis ailleurs, les gens ne sont plus dans leur corps, ils ont un fantôme à côté d’eux, je les entends sortir de leur corps, il y a un bruit, il y a un froufrou de corps, c’est assourdissant, il y a une autoroute, ça va de plus en plus vite, il y a des animaux sur les côtés, ils nous regardent bizarrement, ils sont chez eux, ils nous voient aller à davis, allez hop sortons, allez ouste, allez moi hop sors de là, et toi hop le corps vas-y, on va être ailleurs, on va être dehors, je suis tout sorti de mon corps, ça résonne, j’ai une baisse de tension, c’est le manque de corps, j’ai tout la nausée, je suis complètement à davis, nous allons tous sortir de notre corps, nous allons aller à davis, des poupées pat partout, des tas de poupées empilées, des carambolages de fantômes sur l’autoroute, pif paf des poupées pat, nous sommes partout, nous demandons notre chemin partout, ça ruisselle partout sur l’autoroute, ça cogne, les balles sifflent, ça s’effiloche, on va nous dire d’utiliser certains mots, il va y avoir certains sons dans notre tête, on va nous planter des trucs au milieu du crâne, on va être tout sortis de nous, allez viens, allez hop on y va, on va être dans la coupe

Il y a urgence

Niff - Photo sans référence

Blabla. Ceci est mon blabla. Je suis au centre de la place. Il y a une place publique et je suis au centre. Je vais devoir beaucoup lire. Je vais devoir presque tout lire. Je vais être sur la place publique et vous allez savoir ce que j’ai lu. Ce sera mon blabla. Vous me l’aviez demandé. Mon blabla il est dans mon bled. Il est au centre de mon bled et je suis sous les pets et les rots et les objecteurs. Ceux qui vont me jeter des mots. J’attends qu’ils me jettent des mots sur la peau dans mon bled au centre de la place et je vais être en train de parler. Je vais tout avoir lu. Je crois qu’on va bientôt tout devoir savoir. Je crois qu’il va falloir que je me fasse à l’idée de tout lire. Nous sommes sur la place publique et je suis au centre et c’est mon bled et il faut que je dise quelque chose. Hier il y avait urgence et aujourd’hui aussi. Je crois que nous devrions être tous en tout cas au moins un peu frénétiques. Il ne faut pas plaisanter avec ça. On va tous se mettre à poil et après on va tout savoir. Ca va faire un peu mal. En tout cas il faut prendre une décision. Ca devient urgent de prendre une décision. Je crois que j’ai compris que je vais devoir parler. Je vais devoir savoir lire et parler, et aussi prendre une décision. Il y a une urgence au centre de la place. Il y a les urgences. La place est publique. Il y a des gens dans la place qui se sont mis tout nus et qui attendent. L’épaisseur de la peau fluctue. Je vais parler au centre de la place et vous allez m’écouter. Quand c’est terminé les gens lancent des objets vers le centre, s’ils ont besoin de vomir ils vomissent mais après ils ont de la place toute fraîche et on aura de nouveau beaucoup lu et je vais parler. Il faut que ce soit public. Avec des peaux. Je vais dire des choses. Je vais t’offrir mon blabla. Nous allons être très instruits. Nous allons avoir beaucoup lu. Nous allons avoir pris des décisions urgentes. Nous allons avoir régurgité. Je vais arriver.